cinema

Moins que zéro ou le Western sous la neige (Part 3 - Plus dure sera la neige)

par Olivier Marro

Quand Pale Rider sort sur les écrans en 1985, on pense assister au chant du cygne du genre. Pourtant, la décennie suivante voit quelques tireurs isolés faire mouche : Danse avec les Loups qui triomphe aux Oscars en 91 ; Eastwood (encore lui) et son crépusculaire Impitoyable (1992) ; Jim Jarmusch avec un étrange songe indien : Dead Man (1995). Depuis 2000, il semblerait que le western que l’on croyait défunt tel le Phoenix renaisse de ses cendres.

Jeu de massacre

C’est un spécialiste du lifting du film de genre - Quentin Tarantino - qui réveilla lui aussi les vieux démons après l’excellent remake de Tru Grit des frères Coen. D’abord en 2012 avec « Django enchained » puis trois ans plus tard avec « Les Huit Salopards ». Un huis clos neigeux en diable marchant sur les plates bandes de la Chevauchée des Bannis et du Grand Silence. Tarantino nous offre un voyage d’hiver sans retour, la totalité de son casting n’y survivra pas. Fidèle à lui même, le réalisateur fait le nettoyage par le vide, cette fois en mode « farce gore ». Tout commence sobrement avec une camera qui « panote » en cinémascope sur des paysages dans la tourmente blanche, un rien funèbre façon Corbucci laissant présager d’une forte proportion de Macabées à venir. En effet, pendant la deuxième moitié du film, nos huit salopards s’entre-déchirent pour démasquer celui qui s’est invité dans ce relais de diligence afin de délivrer une jeune meurtrière des mains d’un chasseur de têtes.

Les Huit Salopards (2015) Les Huit Salopards (2015)

The Hateful Eight - huit clos exterminateur bâti sur une intrigue à la « Whodunit » chère à Agatha Christie - nous offre une Amérique post Guerre de Sécession déchirée entre des sudistes avides de revanche sur les nordistes, des chasseurs de primes cupides, un bourreau corrompu, un garçon vacher et des mexicains sournois. Bref, un western 2.0 revu à l’heure du communautarisme et du réchauffement climatique : On y congèle d’ailleurs allègrement les cadavres dans un no man's land polaire aux antipodes du riant Eldorado.

Un trappeur qui revient de loin

L’Ecologie, il en est fortement question dans la genèse du film « The Revenant » trois fois primé aux Oscars en 2016 (dont meilleur réalisateur et acteur). Un film porté et défendu par Leonardo di Caprio dont on connaît l’engagement sur ce terrain. Là encore, ce récit d’aventure au cœur d’un Ouest sauvage renoue avec l’héritage. A plus d’un titre il est un fil tendu entre les héros de J.London et plus encore du Jeremiah Johnson de Pollack/Redford. En effet, The Revenant s’inspire lui aussi de l’épopée d’un véritable trappeur du nom de Hugh Glass qui, après avoir été déchiqueté par un ours, entrepris un voyage de plus de 300 kms pour se venger de ceux qui l’abandonnèrent à son sort. Les conditions y sont extrêmes et la nature comme les hommes, franchement hostiles. Le choix du réalisateur, Alejandro Gonzalez Inarritu, de tourner en décors réels par -20 degrés (Du Canada aux sommets de l’Argentine) armé d’un objectif grand angle (à la manière de Térence Malik) renforce la dimension menaçante de la montagne tout comme le sentiment de précarité de l’homme.

The Revenant, réalisé par Alejandro González Iñárritu (2015) The Revenant, réalisé par Alejandro González Iñárritu (2015)
A l’instar des scripts abordant le « wilderness », le pouvoir de la nature y outrepasse les lois humaines. Et celui qui ressort vivant de cet affrontement décroche son ticket d'entrée dans la mythologie américaine. Un panthéon qui compte finalement autant de trappeurs que d’intellectuels. « A l'époque où vivait Hugh Glass, au début du XIXe siècle, l'Ouest était perçu comme la jungle amazonienne, et l'histoire de ce trappeur est de celles qui ont façonné l'imaginaire du pays : l'homme repousse la « frontière », conquiert l'espace ou s'y adapte. »*1 explique Leornado Di Caprio primé aux Oscars pour sa magistrale interprétation de ce « Lazare du Far West » revenu d’entre les morts et… les barbares.

Même si ces westerns du nouveau millénaire restent en filiation avec les mythes du Grand Ouest, ils partagent en commun de notables évolutions. Est-ce sous l’influence de conflits devenus depuis Iran/Irak de plus en plus offensifs en terme d’efficacité meurtrière ou des monstrueux attentats de masse depuis 2001 ? La violence y est plus spectaculaire, plus expressive, empruntant parfois des effets de styles à des genres tels le fantastique ou l’horreur gore.

Depuis les années 70, on a vu le western tour à tour révisionniste, survival, spaghetti, devenir un genre de plus en plus perméable.
L’assaut de l’ours sur Hugh Class est remarquable par son réalisme insoutenable tout comme la scène dans laquelle le trappeur pour ne pas périr gelé éviscère son cheval et se glisse nu dans ses entrailles fumantes. Depuis les années 70, on a vu le western tour à tour révisionniste, survival, spaghetti, devenir un genre de plus en plus perméable. Il semble se renouveler aujourd’hui sous le signe de l’hybridation n’échappant pas à la vague du transgenre et de la haute définition. Mais qui a dit que le western était mort ? Sûrement pas Luc Sante, écrivain essayiste qui voit dans cette renaissance l’expression d’une violence made in USA et plus si affinités : « Nous sommes en guerre après tout, et le monde semble plus que jamais dénué de lois et de morale. Tout le monde est virtuellement un hors-la-loi dans le Western de notre vie. » *2

*1Laurent Rigoulet. Télérama (07/02/2016)
*2Laurent Rigoulet. Le retour du "nouveau western" Télérama (30/11/2007.)

Écrit par

Olivier Marro