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Les clusters créatifs, au-delà des logiques classiques de convergences

par Stefan Bazan

L’émergence des espaces de collaboration et de convergences des moyens est une dynamique généralement associée aux nouvelles technologies, principalement depuis l’émergence de la Silicon Valley en Californie et de sa recette de regroupement dans un espace limité géographiquement, d’innovation, de recherche et d’intérêts économiques.

Cette logique s’est depuis imposée à la fois dans sa dimension territoriale, mais également industrielle : l’installation dans les grandes capitales du monde de structures d’incubation et de mise en réseau ont permis à de nombreux domaines d’activité de se connecter, de bénéficier d’externalités positives et de développer ainsi un maillage innovant et créateur de valeur économique, de l’innovation à la distribution.

Les industries créatives, qui représentent environ 6% du PIB mondial en 2017, n’ont pas échappé à cette logique de clusters, puisque l’ensemble des pays européens et une grande majorité de leurs grandes villes ont maintenant des regroupements (ou grappes) industriels de convergence autour de l’innovation en création.
Paris compte aujourd’hui plus d’une dizaine de structures fonctionnelles. Les caractéristiques particulières des industries créatives en font un domaine où les logiques de convergence et de réseau prennent un sens original, qui, lorsqu’elles ne se substituent pas aux recettes classiques des structures d’accompagnement, les renouvellent et y apportent de nouvelles dimensions originales. La nature même des contenus et des entreprises créatives est facteur de transformation du modèle classique du cluster : On y trouve évidemment tous les ingrédients de l’influence artistique, multiculturelle et ouverte au monde qui sont au cœur de l’innovation créative. La recherche de diversité est également un aspect structurant des clusters créatifs et elle contribue de façon importante à assurer la pérennité des moteurs de croissance du secteur. De nouveaux modèles émergent aussi de ces convergences.

Les industries créatives représentent environ 6% du PIB mondial en 2017

La valeur est créée au sein du cluster quand la recherche et l’innovation technologique rencontrent la créativité et la démarche artistique dans une logique d’industrialisation du bien symbolique. L’entreprenariat économique, porteur d’opportunités pour les industries créatives, transforme l’intention créative et la place au cœur du dispositif de valorisation. Le bien culturel devient vecteur de la dimension symbolique, de l’essence de l’œuvre, et la transpose en l’hybridant et la faisant entrer dans l’espace industriel. Ce mécanisme repose sur une logique de co-constitution, la rupture technologique influençant la création, qui elle même transforme le dispositif technique et le place dans la dimension symbolique de l’œuvre créée.

Le cluster créatif dépasse largement les limites de l’incubateur universitaire ou du parc technologique : il est à la fois le lieu de l’expérimentation technique et du développement de modèles de valorisation, mais il est surtout le lieu de la création et de la rupture dans la diversité. Et cette création, si elle peut être « consommée » sur place, se déverse par contagion bénéfique vers l’ensemble de l’économie du territoire géographique qui l’héberge. Elle structure autour d’elle le lien économique et social dans la mise en place d’activités d’exposition mais également d’expérimentation, qui peuvent ensuite faire naître des compétences transdisciplinaires à partager au cœur du tissu éducatif ou académique territorial. C’est le cas par exemple de ces zones économiques locales dédiées à la création, comme les « districts » créatifs ou des espaces plus larges comme les living Labs européens.

Plan de clusters culturels et créatifs en Europe. (Source: European Cluster Observatory) Plan de clusters culturels et créatifs en Europe. (Source: European Cluster Observatory)

Au sein du Cluster créatif, les mécanismes habituels de la transformation numérique se mettent en œuvre et impactent directement les industries culturelles. Ces mécanismes, animés par l’innovation et l’expérimentation, bénéficient aux acteurs du cluster et modifient fondamentalement leur manière de concevoir à la fois l’activité créative, mais également les opportunités de valorisation. Le numérique déroute les perceptions classiques et les orientent vers de nouvelles solutions, de nouvelles approches qui réduisent certaines contraintes et facilitent l’accès aux moyens, qu’ils soient techniques, commerciaux ou financiers. Pour faciliter cela, les organisateurs du cluster proposent à la communauté des formations, des ateliers, des présentations, où sont expliqués ces mécanismes de la transformation numérique, comme la désintermédiation, la migration de valeur, le rôle des données ou la création d’audiences. L’accompagnement insiste également sur l’importance de l’acquisition de nouvelles compétences et l’intégration de certains métiers aux structures des industries culturelles.

Un récent rapport de la Banque publique d’investissement France (BPI France) sur les industries créatives insistait en préambule de l’étude sur l’importance de la juxtaposition des termes industries et création dans la formule « industries créatives », voulant ainsi montrer à quel point ces deux notions, qui semblent philosophiquement s’opposer, se complètent et permettent de valoriser le patrimoine, le génie créatif et l’innovation.

Écrit par

Stefan Bazan