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Le festival de Cannes

Le Festival de Cannes est la manifestation cinématographique la plus importante, tant pour son envergure commerciale en termes de diffusion et de promotion de films à l’échelle mondiale que pour ses enjeux artistiques : découvrir et confirmer des auteurs en présentant à la fois un état de la création et un état du monde. Ce Festival, unique en son genre, offre à l’industrie du cinéma, une scène où se côtoient les œuvres économiquement ou esthétiquement les plus minoritaires, et les films voués aux plus grandes audiences. Là réside son originalité et sa puissance.

Cannes versus Venise

L’Europe des années 30 voit l’apparition de deux grands festivals de cinéma : la Mostra Internazionale d’Arte Cinematographica installée au sein de la Biennale de Venise depuis 1932 et le Festival International du Film de Bruxelles en 1935. En cette année 1938, les instabilités politiques, les tensions diplomatiques et les menaces totalitaires qui pèsent sur l’Europe deviennent manifestes. Le Festival de Venise, supervisé par le pouvoir Mussolinien couronne Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl réalisé à la gloire de l’Allemagne nazie.
Le film La Grande Illusion de Jean Renoir qui passait alors pour "le cinéaste" du Front populaire, se voit interdit de récompense, après l’intervention personnelle de Mussolini. Pour s’opposer à l’idéologie qui dominait Venise, la France décide de créer son propre festival. Le critique d’art et diplomate Philippe Erlanger, initiateur de l’idée, travaille au projet avec le soutien de Jean Zay, Ministre du Front Populaire, responsable de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Une large partie de l'opinion politique et syndicale dont le PCF et la CGT appuie la création d'un festival en France dont l’objectif est de concurrencer ouvertement le Festival de Venise régenté par le pouvoir fasciste.

Mostra di Venezia al Palazzo Ducale 1947 Mostra di Venezia al Palazzo Ducale 1947

Une fête populaire

Hésitant entre plusieurs villes balnéaires conçues pour l’accueil, on recherche des palais et des grands théâtres, on pense à Biarritz, Nice, Vichy, Monaco… Les députés communistes de Cannes et de Nice, Henri Pourtalet et Virgile Barel, exercent toute leur influence pour que le festival ait lieu à Cannes. Le Maire de la ville, le docteur Picaud, surnommé le "médecin des pauvres", ancien résistant et socialiste, entend faire du festival une grande fête populaire. Il parvient à convaincre la population de la cité de s'associer pleinement au projet. L’Etat, la municipalité et le Conseil Général des Alpes-Maritimes se posent comme financeurs de la manifestation prévue du 1er au 20 septembre 1939. Et la Présidence de cette première édition est proposée à Louis Lumière en personne.
Mais la date du 1er septembre 1939 restera dans l’histoire pour une toute autre raison que celle de la fête du cinéma. L’Allemagne lance sa première offensive contre la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Il faudra attendre sept années pour que s’ouvre le premier Festival International du Film de Cannes.

L’objectif du Festival

A la Libération, Philippe Erlanger, Délégué général du Gouvernement auprès du Festival dans sa version avortée de 1939, relance le projet. Le Gouvernement De Gaulle de 1945 encourage sa tenue pour l’année suivante. Son principe sera fondé sur l’idée d’une manifestation professionnelle réunissant dans un même lieu et dans un même laps de temps, les films les plus représentatifs réalisés dans l’année par les pays producteurs.
21 pays participent à la première édition de 1946. 11 récompenses sont distribuées, notamment à Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini et La Bataille du rail de René Clément (produit par la Coopérative Générale du Cinéma Français), deux films fortement imprégnés des années de guerre que l’Europe vient de traverser, deux films qui exaltent la résistance ouvrière. Dès lors, Cannes est désignée par les cinéastes comme le lieu où les films seront les messagers du monde, du Japon à l’Argentine, de l’Iran à la Chine, sur tous les modes, fictions, documentaires, animations, sous l’axe des points de vue multiples.

Le Palais de la Croisette

Des ouvriers bénévoles de la ville participent, après leur journée de travail, à la construction du Palais de la Croisette. Des militantes du PC confectionnent l’immense rideau rouge de la scène. En 1947, lors de l'ouverture du 2ème festival, ouvrières et ouvriers montent sur scène sous l’applaudissement des festivaliers.

Une palme et un Jury

Si pour les réalisateurs et les producteurs la « Palme d’or » est en mesure d’influencer favorablement le destin commercial de leurs films, leurs seules présences dans la sélection officielle à valeur de récompense. Le Festival contribuera à l’émergence de cinéastes qui marqueront à jamais l’histoire du cinéma. Federico Fellini, Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Luis Buñuel, Akira Kurosawa, voient ainsi leur notoriété grandir.
Il faudra pourtant attendre 1964, soit près de vingt ans après le lancement du Festival, pour qu’un cinéaste préside le Jury. Fritz Lang sera celui-là. Dorénavant, les académiciens et les vedettes du monde du spectacle qui composaient les jurys cannois devront céder la place aux professionnels et aux personnalités issues du cinéma. Ainsi, pour résoudre les problèmes d’ordre mondain, mais surtout politique ou diplomatique générés par un Festival mettant en compétition des pays aux enjeux culturels et économiques considérables, les organisateurs opéreront des ajustements successifs pour recentrer le Festival sur l’unique préoccupation cinématographique.

Naissance des sections parallèles

Le Syndicat Français de la Critique de Cinéma crée en 1962, La Semaine de la Critique, première section parallèle à la sélection officielle du Festival, avec pour objectif de mettre à l’honneur les premiers et deuxièmes films des cinéastes. Il deviendra au fil des années un exceptionnel révélateur de talents : Shirley Clarke, Bernardo Bertolucci, Jean Eustache, Wong Kar Wai, Jacques Audiard ou Arnaud Desplechin, cinéastes qui se retrouveront quelques années plus tard dans la sélection officielle.
En 1968, après un mois de mai agité qui voit l’annulation du festival, la Société des Réalisateurs de films (SRF) qui émettait déjà quelques revendications, notamment la suppression de la tenue de soirée et un palmarès établi par le public, organise un « contre-festival » l’année suivante : la Quinzaine des Réalisateurs. Sous le slogan «Cinéma en liberté», la manifestation est organisée à la hâte en à peine 2 mois. 62 longs métrages et 26 courts métrages y sont projetés. Depuis sa création, « la quinzaine » a programmé les premiers films de Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder, Nagisa Oshima, George Lucas, Martin Scorsese, Ken Loach…

Le festival cherche son indépendance

Devant le succès des sections parallèles qui affichent une liberté d’esprit et des audaces faisant défaut à une sélection officielle enfermée dans un système où les nations participantes ont le pouvoir d’envoyer les films qu’ils veulent, Cannes s’oblige à gagner son indépendance. En 1972, grâce au vote du conseil d’administration et de son Président Favre Le Bret, le Festival devient seul décisionnaire de ses sélections.

Festival de la diversité

C’est dans sa recherche de propositions multiples, thématiques et formelles, que le Festival de Cannes tire aujourd’hui sa singularité. En plus des deux « sections parallèles » déjà citées, se sont ajoutées au fil des années d’autres sélections : Un Certain Regard, la Cinéfondation, le Marché du film, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID), Cinéma des Antipodes et Visions Sociales… La plupart de ces sélections sont rediffusées gratuitement dans le réseau de salles Cannes Cinéphiles qui délivre chaque année près de 5000 accréditations destinées à un public de cinéphiles. Lieu historique de convergence du milieu professionnel avec les amoureux du cinéma, « Cannes » tient à préserver une exigence artistique dans ses sélections malgré des enjeux économiques considérables.

Le festival en chiffres (année 2015)

Le Festival est doté d’un budget d’environ 20 millions d’euros. La moitié est financée par des fonds publics (Ministère de la Culture, CNC, Ville de Cannes, Conseil Régional PACA, le Conseil Général 06). Le complément provient de groupements professionnels, de partenaires institutionnels, de sociétés privées… 4700 journalistes représentants près de 3000 médias (TV, radios, presse écrite) pour 96 pays. 1296 longs métrages ont été projetés en 2015, toutes sections confondues.