L'image en mouvement, de la salle de cinéma à l'exposition urbaine

par Kaloust Andalian

L’image fixe, photographique, se met en mouvement pour devenir cinématographique à la toute fin du 19ème siècle. Les films sont d’abord visibles dans les théâtres forains, et plus tard, dans les salles de projection, où sera désignée la place du spectateur, assis dans l’obscurité devant un écran lumineux. Une situation qui explique pour part la majorité des films gouvernés par les lois de la dramaturgie et de la narration, au détriment des œuvres qui développaient des dimensions plastiques.

Vers le milieu du 20ème siècle, l’apparition de la vidéo change la donne. L’image mouvement se déplace de la salle obscure vers l’espace privé, puis, à partir de son appropriation des artistes plasticiens, vers l’espace muséal. Plus proche de son outil, l’artiste invente des formes visuelles et sonores qui donnent à son œuvre une unicité particulière. Émancipées des formes classiques du récit, ces œuvres proposent aux spectateurs une diversité d’expériences sensibles.

L’homme à la caméra de Dziga Vertov - 1929. L’homme à la caméra de Dziga Vertov - 1929.

Aujourd’hui la vidéo et ses prolongements numériques, intègrent tous les systèmes informatiques, créent de nouvelles situations de projection et de perception, permettent aux œuvres d’accéder à une visibilité jamais égalée dans l’histoire de l’art. Avec la numérisation, la diffusion en haute définition à l’extérieur devient possible, l’image s’expose ou s’installe dans des espaces publics et urbains. La ville, lieu du mouvement et de l’action collective, demeure l’un des motifs cinématographiques par excellence. Les modes de représentation intéressent certes l’usager, mais aussi le chercheur, l’urbaniste, l’architecte, et l’artiste. Force est de constater que son usage actuel est essentiellement évènementiel ou publicitaire.

Le film s'intègre désormais dans un ensemble de disciplines. Les artistes créent des relations inédites entre les arts – dessin, peinture, danse, cinéma, vidéo, etc. Les inventions technologiques engendrent des formes filmiques étonnantes, libèrent la création de l’industrie lourde de l’audiovisuel, et rendent visible des œuvres vouées à la confidentialité. Exposer des images mobiles sur des écrans dans l’espace public et regarder ces images en situation de déplacement modifient en profondeur le rapport du spectacle aux images, comme à sa propre représentation et sa place dans la cité.

MOVIMENTA relie l’histoire des images en mouvement : celles des premiers temps jusqu’aux plus contemporaines, celles projetées en salle et celles exposées ailleurs, pour tisser des liens entre des œuvres qui travaillent le cinéma dans toute sa puissance critique, ses capacités d’interrogation, d’enchantement, d’invention.

Écrit par

Kaloust Andalian